Ou L’atelier de Plume Rouge sur Blanc
1er décembre
Il était une fois un petit garçon qui s’appelait Noël. Un jour, il trouva par terre une pièce d'un sou. Tout content, il alla chez le marchand de crayons et acheta un beau stylo bleu.
En rentrant chez lui, il entendit un drôle de bruit qui venait de sa poche... Gling ! Gling !
Etonné, il y découvrit deux sous. Alors il retourna au magasin acheter deux feutres.
En rentrant de nouveau chez lui, il trouva quatre pièces au fond de sa poche. Comment étaient-elles arrivées ? Tout cela était extraordinaire !
Au bout de quelques heures d’aller-retour chez le marchand, il avait amassé une véritable fortune. Cela dura plusieurs années… Heureusement, un chèque avait vite pris la place des pièces !
Lorsqu’il fut vieux, ce manège le lassa. Il acheta des jouets avec l’argent et, depuis ce jour, les distribue aux enfants sages le 25 décembre.
Ainsi naquit le Père Noël.
2 décembre
Il était une fois un arbrisseau qui, autrefois, avait été un petit garçon. Il enviait beaucoup les grands sapins de la forêt car, selon la tradition, les habitants du village venaient les couvrir de boules et de guirlandes à Noël.
Un beau jour, deux enfants accompagnés de leur père partirent à la recherche d’un sapin à décorer. Ils virent l’arbrisseau aux feuilles couvertes de neige. Comme il était beau ! Les enfants demandèrent à leur père : « Papa, c’est celui-ci que nous voulons garnir ! »
C’est ainsi que l’arbrisseau fut décoré chaque année à Noël.
3 décembre
Il était une fois un garçon nommé Théo et sa sœur appelée Théa qui rêvaient de voir le Père Noël débarquer dans le salon. Le soir du 24 décembre, ils se cachèrent derrière le canapé.
« Regarde, Théa ! » chuchota Théo.
« Papa ? » répondit sa sœur sur le même ton.
C’est ainsi que Théa et Théo comprirent que leur père était en réalité le Père Noël.
4 décembre
Le Père Noël n’en revenait pas : les lutins de son atelier s’étaient cotisés pour lui offrir un cadeau et le lui avaient remis avant même le début de sa tournée.
Il savait qu’il n’aurait pas dû l’ouvrir tout de suite, mais il était trop impatient. Après avoir remercié ses lutins, il se retira dans sa chambre. Il déballa avec hâte son cadeau : c’était un livre intitulé Comment bien réussir sa tournée, en dix chapitres.
Il se dit qu’il pourrait juste lire la première page avant de partir. Il sauta l’introduction car elle était un peu ennuyeuse. Mais ensuite le livre était si passionnant qu’il le lut en entier et, lorsqu’il l’eut terminé, il se rendit compte qu’il avait raté sa tournée…
Tout ça parce qu’il n’avait pas lu l’introduction qui prévenait le lecteur de ne SURTOUT pas lire ce livre le soir du 24 décembre.
5 décembre
« Joyeux anniversaire, Théo !
- Hein ? Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
- C’est ton anniversaire aujourd’hui. Tu as dix ans !
- Ah oui ! C’est vrai ! »
Théo avait complètement oublié que c’était son anniversaire. Heureusement que les autres y avaient pensé ! Il descendit dans la cuisine. « Joyeux anniversaire, Théo » lui lança Maman.
« Ils sont où, mes cadeaux ?
- Tu dois attendre Noël pour les avoir, mon chéri !
- Pfff… c’est pas juste… »
« Surprise ! » dit Papa en sortant un gros paquet de derrière son dos.
6 décembre
Cher Père Noël,
Je m’appelle Théo et j’ai dix ans.
Pour Noël, je voudrais :
- Un vrai pistolet qui tue pour me débarrasser de ma petite sœur.
- Un déguisement de Dracula pour effrayer mon Maître.
- Une tronçonneuse pour massacrer les rosiers du jardin de Maman.
- De la dynamite pour faire péter l’atelier de Papa.
- Un gros marteau pour bousiller l’ordinateur de mon grand frère.
Bisous,
Théo
Le Père Noël replia la lettre et lança : « Théo !
- Oui, Papa ? »
Pfff… c’est trop nul d’être le fils du Père Noël, se dit Théo.
7 décembre
Le Lutin Inventeur était surexcité. Sa dernière invention était vraiment formidable ! Il prit un ouvre-boîte rose fluo à paillettes, et fit apparaître le Père Noël.
C’était un ouvre-boîte à téléportation.
« Quel est l’idiot qui m’a sorti de ma piscine ? » cria le Père Noël vêtu d’un maillot de bain blanc à pois rouges.
« Mais quel est l’imbécile qui vient d’inonder mon tapis volant à réaction ? répliqua le lutin d’un ton sarcastique.
- Ouais, bon, ça va, ça va… montre-moi tes dernières inventions, qu’on en finisse !
- Tout d’abord… voici ma télévision à remonter le temps !
- Oui, oui… d’accord, très bien… et après ?
- Un entonnoir à amplificateur de son. Vous voulez une démonstration ?
- Non, non… merci. Ce n’est pas la peine de me rendre sourd pour le reste de ma vie.
- Un robot renne supersonique… vous voulez l’essayer, pour voir ? »
Et c’est ainsi que le Père Noël se retrouva avec une jambe dans le plâtre.
Le Père Noël envoya valser papier et crayons, et grommela : « C’est trop nul, comme chute, ça n’amusera personne ! » Il se dit qu’il n’arriverait jamais à finir ces 24 nouvelles et à les poster toutes avant le 26 décembre sur le site Plume Rouge sur Blanc.
Il entendit alors quelqu’un cogner à sa porte.
« Entrez… » grogna-t-il.
Un petit bonhomme barbu et maigre pénétra dans le bureau. Il ressemblait à une vieille chauve-souris qui aurait trouvé ses vêtements dans une poubelle. Il en avait aussi l’odeur !
« Bon-jouuuuur, Père Noëëëël, dit-il avec une voix aigrelette.
- Bonjour, qui êtes-vous ?
- Vous ne me reconnaissez pas ?
- Euh… vous êtes le grand-père de Batman ?
- Mais non ! répondit l’inconnu, vexé. Je suis le Père Fouettard, ajouta-t-il. Et j’aimerais vous aider.
- M’aider à quoi faire ? A écrire mes 24 nouvelles ?
- Je ne sais pas écrire… mais j’adorerais vous aider à distribuer les cadeaux aux enfants au cours de cette nuit.
- Ce n’est pas la peine, merci beaucoup. Vous pouvez sortir, maintenant. »
Le Père Fouettard, indigné, sortit en claquant la porte derrière lui.
« Quel prétentieux ! » pensa le Père Noël. Et il se remit à écrire.
Au bout de plusieurs heures, le Père Noël se connecta sur le site de Plume Rouge sur Blanc pour poster enfin ses 24 nouvelles. Il était très content de son travail ; en particulier de son tout dernier récit qui était vraiment exceptionnel. La chute était incroyable et allait surprendre tous ses lecteurs.
A cet instant, l’horloge sonna sept heures du matin…
« Mon Dieu ! J’ai raté ma distribution de cadeaux ! Les enfants n’ont pas eu un seul jouet cette nuit… »
Il entendit trois petits coups retentir à sa porte. Théo et Théa pointèrent le bout de leur nez par l’entrebâillement de la porte…
« Papa ! dit Théo. C’est une catastrophe ! Regarde les journaux… »
Le Nouvel Univers titrait en première page : SCANDALE de NOEL ! Le Père Noël n’a pas distribué de cadeaux aux enfants !
Dans la Gazette de Noël, le Premier Ministre déclarait : « On n’a jamais vu ça ! Les enfants russes, au moins, ont reçu des jouets de Saint Nicolas… »
Le Père Noël, catastrophé, demanda à son Premier Lutin de réunir son conseil au grand complet. Il fallait trouver une solution, et vite !
Après bien des discussions, ce fut le Lutin Inventeur qui la trouva. Il apporta sa télévision à remonter le temps… elle n’était pas encore suffisamment chargée pour faire plus d’un aller-retour, mais il fallait quand même essayer.
Le Lutin alluma le poste et sélectionna le Journal télévisé de la veille.
Soudain, deux bras sortirent de l’écran, s’emparèrent du Père Noël et l’amenèrent dans la télévision.
Le Père Noël envoya valser papier et crayons, et grommela : « C’est trop nul, comme chute, ça n’amusera personne ! »
Mais de nouvelles idées jaillirent aussitôt dans son esprit et il se dit qu’aucune autre nouvelle ne pourrait surpasser les siennes.
Il entendit alors quelqu’un cogner à sa porte.
« Entrez… » dit-il.
Un petit bonhomme barbu et maigre pénétra dans le bureau. Il ressemblait à une vieille chauve-souris qui aurait trouvé ses vêtements dans une poubelle. Il en avait aussi l’odeur !
« Bon-jouuuuur, Père Noëëëël, dit-il avec une voix aigrelette.
- Bonjour, Père Fouettard !
- Vous me reconnaissez ?
- Mais bien sûr ! Qui ne connaît pas le célèbre Père Fouettard ?
- Ah… j’ai quelque chose à vous demander… j’aimerais vous…
- Mais bien sûr ! Vous pouvez m’aider à distribuer les cadeaux aux enfants ! J’en serais très honoré ! Mais j’aimerais d’abord vous lire quelques histoires. Vous me donnerez votre avis. »
Le Père Fouettard l’écouta attentivement, puis fila chercher le traîneau du Père Noël.
Au bout de plusieurs heures, le Père Noël se connecta sur le site de Plume Rouge sur Blanc pour poster enfin ses 24 nouvelles. Il était très content de son travail ; en particulier de son tout dernier récit qui était vraiment exceptionnel. La chute était incroyable et allait surprendre tous ses lecteurs.
A cet instant, l’horloge sonna sept heures du matin… il venait de passer la meilleure nuit de Noël de toute sa vie.
Il entendit alors trois coups secs retentir à sa porte.
« Entrez ! » dit-il.
Deux policiers, grands et costauds, entrèrent dans son bureau.
L’un des deux lui dit : « Au nom de la loi, je vous arrête ! »
L’autre ajouta : « Je dirais même plus, au nom de l’arrête, je vous loi ! »
Le Père Noël répondit : « Je ne comprends pas, les enfants ont bien reçu leurs cadeaux.
- Parlons-en, de ces cadeaux : des tronçonneuses, des pistolets, des marteaux, des bâtons de dynamite… vous vouliez former une armée d’enfants, ou quoi ? »
Juste avant que les policiers ne lui passent les menottes, le Père Noël glissa au fond de sa poche un drôle d’ouvre-boîte rose fluo à paillettes.
A leur arrivée au commissariat, Dupond et Dupont ne comprirent pas comment leur prisonnier s’était transformé en un petit bonhomme barbu et maigre, ressemblant à une vieille chauve-souris et sentant le poisson pourri.
FIN
de la 24e nouvelle