
« Voilà le couloir blanc! Alors, qu'en pensez-vous ?
- J'en pense que c'est un couloir…
- Allons, vous n'êtes pas un tout petit peu impressionnée ?
- Je devrais ?
- N'importe qui le serait : les cellules s'étendent à perte de vue, il y en a mille sur chaque mur, deux mille en tout, et ce n'est qu'un centième du secteur complet, ça devrait au moins vous faire quelque chose !
- Oui, ça me donne faim… »
*
**
« Pousse-toi idiote ! Ce banc est à nous deux, t'es pas obligée de prendre toute la place !
- Je prends pas toute la place, c'est toi qui ne sais pas partager. Si tu veux t'allonger, va sur le lit !
- Non, le lit est trop mou, il me donne le mal de mer, je préfère m'allonger là, et toi, tu vas t'asseoir sur le lit !
- Nan, Anna, je cèderai pas cette fois. Je bouge pas, va te faire foutre !
- T'aurais jamais dû me dire ça !
- Lâche mes cheveux ! T'es malade ? Lâche-moi les cheveux !
- Nan ! Tu veux faire la grande, fais la grande jusqu'au bout ! Hurle, salope !
- Lâche-moi, je ne me battrai pas, je ne me battrai jamais, je vaux mieux que ça, je vaux mieux que toi, je vaux mieux que cet endroit ! Lâche-moi, lâche mes putains de cheveux Anna !
- C'est ça, et n'y reviens pas ! Va pleurer dans ton coin, recroqueville-toi, comme d'habitude, en espérant que je vienne te consoler, mais ça ne marchera pas cette fois. Tu ne me feras pas culpabiliser, au moins j'ai tout le banc pour moi maintenant…
- …
- On dirait que je suis encore la plus forte ! Allez prends-le, je te le laisse, j'en veux plus…
- …
- Arrête ce silence, et dis quelque chose !
- Je suis une petite araignée, j'ai bien envie de te piquer, je monte sur ta jambe, mais elle ne me plait pas, je ne vais pas te piquer là...
- Ne chante pas cette chanson, je veux dormir ! Ne chante pas cette chanson !
- Je suis une petite araignée, j'ai bien envie de te piquer…
- ARRÊTE ! »
*
**
« Impressionnant !
- Je vous présente les sœurs Naerm, celles pour lesquelles on vous a faite venir ici. On ne se lasserait pas de les regarder !
- Il faudrait peut être intervenir, elles vont s'entretuer là, non ?
- Vous avez raison. Pressez la commande qui est là, juste sous l'écran.
- Celle-ci ?
- Oui ! Maintenant regardez le résultat…
- C'est quoi ? Un champ magnétique ?
- Oui, paralysant ! Un petit coup de poussoir, et on calme sereinement La sauvage Annabel et la sage Laura ! Bienvenue dans le couloir blanc, Mademoiselle !
- Merci… Où est le dossier des sœurs Naerm ? »
*
**
« J'en ai assez de te faire du mal…
- Ça ne fait rien
- Tu saignes, Laura !
- Ça ne fait rien j'ai dit…
- Punis-moi, donne-moi une gifle, ou un coup de pied, je ne répliquerai pas.
- Je n'ai pas envie, je t'ai dit…
- Punis-moi ! Je ne mérite pas mieux !
- Personne ne mérite ce qu'on endure ici. Ça fait six mois qu'on est enfermées, j'ai compté. On reçoit de la bouffe par un monte-charge blindé, et personne ne nous parle jamais. Et ce rayon paralysant… Ça me fait plus de mal que tes violences.
- Je suis une merde, Laura, je ne mérite pas de vivre…
- Ne pleure pas, viens là, viens dans mes bras. Tu ne mérites pas tout ça, ma petite sœur… »
*
**
« Vous avez essayé quoi jusqu'ici ?
- Antidépresseurs classiques, par injection, isolation phonique, apesanteur, toutes les techniques modernes, depuis deux ans… sans résultats concluants.
- J'ai l'impression d'avoir affaire à des médecins de foire, du temps de Louis XIV. Il ne manque plus que la saignée et vous aurez fait votre maximum ! Bande d'incompétents !
- Mademoiselle, je ne vous permets pas de remettre en cause…
- Moi, je me permets ! Je suis mandatée par les services secrets, je bosse pour l'armée depuis vingt ans, j'ai résolu des dizaines de cas de ce genre, et la seule personne à qui je doive rendre des comptes est un général en chef que vous ne verrez jamais de votre vie, petit larbin de paille ! On va engager une vraie thérapie avec ces patientes ; qui a eu la charmante idée de les laisser livrées à elles-mêmes ?
- Cette idée vient de moi…
- Pourquoi ?
- Tentative de résolution spontanée post-thérapeutique de leur névrose.
- Bien sûr ! Pourquoi pas ! Vous auriez pu aussi les mettre au soleil et les arroser ? Ou bien leur chanter des berceuses pour calmer leur caractère ultra violent… J'ai honte pour vous…
Tiens, puisqu'on parle de berceuses, c'est quoi la chanson qu'Anna chantait ?
- C'était Laura, pas Anna. Par ailleurs, Anna est le diminutif d'Annabel
- Peu importe, mais répondez-moi, cette chanson ?
- Je n'en ai aucune idée. C'est peut-être un truc que chantait leur mère entre deux bouteilles à vider, ou bien ça peut être un machin entendu à la télé. Avec les détraquées de toute manière…
- Vous les appelez « détraquées » une fois encore, et je demande votre mutation dans un hôpital psychiatrique, de seconde zone ; ce serait encore trop bien pour vous…
- Ça va, ça va… je laisse tomber, vous avez raison. J'ai un peu merdé sur le dossier, et vous aurez l'aide que vous demanderez. Tenez, puisqu'on en parle, voilà toutes les informations que j'ai sur elles. »
*
**
« Anna, tu dors ?
- Non, et toi ?
- Non, pas encore. Tu vois la petite plaque là-haut ?
- Oui, je la vois.
- Je crois que j'ai une idée ! Si on arrive à l'arracher, on pourra accéder à l'alimentation électrique de l'éclairage.
- Et alors ? Tu veux éteindre la lumière ? C'est la seule chose qui nous ait permis de ne pas devenir complètement tarées jusqu'ici…
- Non c'est pas ça, l'éclairage est relié, comme les caméras, à la commande principale de la porte ; si tu me fais la courte échelle, je pourrai atteindre la plaque, et essayer de l'arracher petit à petit. Je pense mettre deux semaines maxi !
- Te faire la courte échelle pendant deux semaines ?
- Oui !
- Et que fais-tu des caméras qui nous surveillent ?
- Qui ne tente rien n'a rien… En plus, je finis par me demander s'ils ne nous ont pas abandonnées. Si ça se trouve, plus personne ne nous surveille !
- Bon bah, on voit ça demain ?
- Non on commence tout de suite, profitons de la nuit, si on a des gardiens, ils seront sûrement moins vigilants ; en plus ( je serais d'avis de le supprimer. Il fait doublette avec l'autre, au-dessus, demande à Micka) la lumière tamisée augmentera nos chances de ne pas nous faire prendre. On dormira le jour…
- Et si je refuse ?
- Je suis une petite araignée, j'ai bien envie de te piquer, je monte sur ta jambe, je vais jusqu'au genou, mais il ne me plaît pas, je ne vais pas te piquer là...
- D'accord, d'accord… Tais-toi, je t'en supplie. »
*
**
« Vous dites qu'elles n'ont pas dormi ?
- Pas de la nuit. Elles ont attendu que l'éclairage de journée se lance, à 9h.
- Elles se sont battues ?
- Justement non, c'est cela le plus étonnant. Elles ont discuté toute la nuit, râlé, dans un coin de la pièce. Ce qu'elles racontaient n'avait pas de sens, comme toujours. Elles parlaient d'une plaque de soudure qu'elles pourraient trafiquer, et qui pourrait leur permettre de se sauver… A deux mètres cinquante du sol, je me demande ce qu'elles ont dans la tête. En plus ces plaques sont en aluminium renforcé et en kevlar...
- Je m'en moque, revenons à notre sujet ! Pas d'utilisation symptomatique de l'espace ? Pas de hurlements, pas de bagarre, ça ne leur ressemble pas. Il faut que je leur parle…
- Mais ? Vous êtes folle ? Vous avez lu le dossier que je vous ai remis hier soir ?
- Oui, triple assassinat, cannibalisme, et tout commence par un matricide ! Une belle histoire de thriller. Je suis étonnée qu'on n'en ait pas encore fait un film ! Je dois leur parler tout de même. Faites le nécessaire…
- Pourquoi l'état s'intéresse-t-il donc tant aux Naerm ?
- Faites le nécessaire, docteur Sawry. Ah! et tant que vous y êtes, envoyez-moi les enregistrements de cette nuit. Ce qui n'a pas de sens pour vous, peut en avoir pour moi… »
*
**

« Tu entends, Laura ?
- Quoi ?
- Le champ magnétique se déclenche! Ça m'a réveillée…
- Moi, c'est toi qui m'as réveillée ! On va encore être paralysées ?
- Oui.
- Pourquoi ça ? On n'est pas en train de se battre !
- Peut-être qu'il y a quelqu'un finalement dans cette tôle ...?
- Ça commence, j'ai des fourmis !
- Je ne peux plus bouger, mais je n'ai pas mal… et toi ?
- Je ne peux plus bouger non plus, mais je ne ressens rien… et… tiens, on est libres… »
*
**
« Le test est concluant. L'ordinateur donne de bons résultats de résistance physiologique. Vous pouvez laisser le champ magnétique à ce niveau…
- Je trouve cela trop faible, si je puis me permettre…
- Premièrement, vous ne pouvez pas vous permettre, deuxièmement, on ne meurtrit pas un patient dont on souhaite obtenir la guérison. Personne ne vous a jamais appris ça ?
- Si elles rompent le champ magnétique, elles vont vous sauter dessus, et vous ouvrir les artères du cou à mains nues, c'est ce qu'elles ont fait à leur mère, et elles n'avaient que seize ans…
- Elles ne rompront pas ce champ. J'irai leur parler dès demain. Je dois d'abord étudier ces enregistrements. De vôtre côté, veillez au grain cette nuit. Si elles ont le même comportement que la nuit dernière, faites-le moi savoir. »
*
**
« Tu t'en sors, Laura ?
- Ça avance bien. J'aurai fait sauter cette plaque en moins de temps que je l'avais prévu.
- Tu crois qu'ils se doutent de notre petit manège ?
- Je ne crois pas, ou alors ils s'en moquent. Le monde se moque de nous, on n'est rien pour lui. C'est un jeu… oui voilà, un jeu, et on doit le gagner. Un peu plus haut, merde !
- T'es lourde, Laura ! Démerde-toi !
- Eh ! Pourquoi tu m'as lâchée ?
- J'ai mal aux bras ! Ça fait trois nuits que je te porte, va te faire voir !
- Tu gâches notre seule chance de salut ? Prends ça !
- Tu m'as loupée, mais moi je t'aurai, tu veux te rebeller ? N'oublie pas qui est la plus forte. Tu le vois le mur ? Tu le vois ? Approche plus près alors !!
- Non, Anna, ne fais pas ça…
- Comme d'habitude, j'arrêterai quand tu pleureras, alors vas-y, te fais pas prier, petite lavette de petite sœur !
- Non, je … je…
- Je te domine encore ! Je suis meilleure que toi, que toi et ton cerveau de petit génie ! Tu crois tout savoir, tout résoudre ? Toi et tes équations, toi et ces gens qui te sourient tout le temps, alors qu'ils m'ignorent ! Toi, la préférée de maman ! Je suis meilleure que toi, tu as vu ?
Regarde-moi quand je te parle ! Est-ce que tu as vu ?
- Je suis une petite araignée, j'ai bien envie de te piquer, je monte sur ta jambe, je vais jusqu'au genou, je glisse sur ta cuisse, mais elle ne me plaît pas, je ne vais pas te piquer là…
- Ne recommence pas, Laura ! Je te demande pardon, pardon ! Laura, arrête ! Je veux bien te porter, je veux bien… Je t'en supplie, ne chante plus… »
*
**
« Une mère trop protectrice ? Ça c'est intéressant !
- Qu'est-ce que ça a d'intéressant ?
- Ça explique une partie des symptômes. Ça explique aussi la chanson, j'imagine. Un truc aussi marqué dans sa tête… Il y a une histoire autour de ça, un traumatisme… Cette chanson, c'est La petite araignée. J'ai retrouvé les paroles… C'est le genre de truc avec des chatouilles. Une comptine de petite fille, un peu classique. En même temps que je dis que « l'araignée monte à ton genoux » je mime ce geste avec mes doigts… Peut-être des attouchements sexuels de la mère dans leur prime enfance…
- Vous réfléchissez tout haut je crois…
- Non, je me comporte comme si mes analyses pouvaient vous faire déduire des choses que je n'aurais pas vues, mais je vois que je me trompe. Tout cela ne vous évoque rien… Dans quel état avez-vous retrouvé Anna ce matin ?
- C'est Laura.
- Peu importe, dans quel était se trouve-t-elle ?
- Pas génial. On a fait comme d'habitude. On leur a fait parvenir de quoi se soigner.
- Cette méthode est très mauvaise. Vous les poussez à devenir folles. J'ai écouté les enregistrements. Elles pensent que le champ magnétique est automatisé et se déclenche quand les décibels sont trop élevés. Elles pensent aussi que dès que ce champ est déclenché, l'approvisionnement en médicaments s'enclenche également automatiquement. Elle se disent qu'il n'y a plus personne dans votre satané couloir blanc. Elles ont même émis l'hypothèse d'être les stars d'une télé-réalité !
- Eh bien, ça cogite là-dedans ! Comme je vous ai dit, tout ceci n'a aucun sens…
- Si ça en a ! Je vais vous dire ce que je retiens. Je retiens qu'elles ne savent plus qu'elles sont emprisonnées pour meurtre. Je retiens qu'elles ne savent plus que ce qu'elles vivent est une punition. Et je retiens que vous altérez complètement leur jugement et leur capacité d'analyse. Ce cirque a assez duré. Lancez le champ et ouvrez la porte, que je mesure de visu l'étendue des dégâts… »
*
**
« Qui êtes-vous ?
- Je suis le docteur Dila Swank, je viens voir si vous allez bien…
- Nous allons bien, peut-on sortir d'ici ?
- Vous savez bien que non.
- Pourquoi ? Nous n'avons rien fait !
- Vous avez tué votre mère, vous vous souvenez ? C'était il y a trois ans. Ensuite, vous avez pris la fuite et tué deux autres personnes dont vous avez dévoré les entrailles. Ensuite, on vous a attrapées…
- Non, on s'est laissé prendre.
- Ah oui ? Pourquoi ça ?
- Pour mettre fin au cauchemar… mais c'est encore pire ici!
- Alors ça vous revient maintenant ?
- On ne veut pas se souvenir !
- J'ai une proposition à vous faire. Une proposition sérieuse. Vous êtes prêtes à l'entendre ?
- Non, c'est un piège…
- Alors attendez-moi là. »
*
**
« Que je fasse quoi ?
- Vous m'avez très bien compris !
- Mais… je ne peux pas éteindre ces caméras !
- Si, vous pouvez ! Le petit voyant rouge, allumé en permanence, ça m'empêche d'être en confiance avec elles. Eteignez les caméras.
- C'est hors des limites du règlement de sécurité, je ne peux pas faire ça !
- Vous êtes inquiet ?
- Un peu… vous êtes sous ma responsabilité, et…
- Ne vous en faites pas pour moi ! »
*
**
« La caméra est éteinte…
- C'est quand même un piège !
- Ecoutez, je vous fais ma proposition et je m'en vais. Vous aurez le temps d'y réfléchir. Si vous êtes intéressées ou que vous souhaitez la refuser, faites signe à la caméra, et je viendrai entendre votre réponse.
- On vous écoute…
- Bon. Je vous propose de sortir d'ici. Une liberté contrôlée, bien entendu. La journée vous travaillez dans un bureau, entourées d'un champ magnétique, et le soir vous rentrez chez vous. On vous met un capteur aux chevilles pour savoir où vous êtes, mais vous allez où vous le souhaitez. Qu'en dites-vous ?
- J'en dis que ça pue l'arnaque !
- Laura ! Tu te rends compte ? Sortir d'ici ! C'est inespéré !
- Il me faut votre accord à toutes les deux. Annabel, Laura, j'ai besoin d'un oui collectif pour que ça fonctionne…
- Mais vous voulez quoi en échange ?
- Deux choses. D'abord, vous acceptez de suivre une thérapie, avec moi. Ensuite, nous voulons votre aide ! Vous travaillerez pour l'état. Vous aidez à trouver des vaccins, à sauver des vies…
- Et on aide à tuer des gens, à fabriquer des bombes, comme on nous le demande depuis qu'on a 12 ans ? C'est hors de question…
- Laura ! Laura, je t'en supplie, réfléchis !
- Votre sœur a raison Laura. Réfléchissez. Je reviens dès que vous me faites signe… »
*
**
« Ça a marché ?
- Le plus gros est fait. Elles ont accepté la thérapie, et le boulot. On a commencé et ça avance bien. Ce n'est plus qu'une question de temps !
- Et le dossier judiciaire?
- La mère, je ne sais toujours pas pourquoi, les deux autres victimes, c'est des violeurs récidivistes. C'est un cas de légitime défense. Elles purgent leur peine surtout pour le matricide. Mais je ne renonce pas!
- Beau travail, j'avertis le général ! Sinon, le docteur résident, tu comptes en faire quoi ?
- Un médecin très médiocre, mais inoffensif. Je l'ai à la botte. Il est faible, alors quelques menaces, un ton un peu direct, et ce type marche droit ! Quand j'aurai fini mon travail ici, je lui ferai suivre une formation obligatoire ! Ce n'est pas un mauvais gars…
- Très bien, finis cette mission et rentre vite alors!
- Sergent ?
- Oui ?
- Je t'aime !
- Moi aussi, Chérie ! Je dois couper. Fin de la transmission. »
*
**
« Tu ne crois pas qu'on devrait arrêter de chercher à défaire cette maudite plaque de métal et réfléchir à ce que nous a dit la psy ?
- Des conneries.
- Essayer de se découvrir l'une et l'autre ? D'arrêter de se battre, d'être plus unies… Moi j'y crois, Laura. Pourquoi tu refuses d'y penser ?
- Je n'assume pas ce que tu as fait, je n'assumerai jamais ce que tu as fait… Tu as tué Maman… Pourquoi tu as tué Maman ? Pourquoi tu as piqué pour de vrai…
- Je … je… »
*
**
« Vous avez entendu ça ?
- Quoi ?
- Réveillez-vous un peu ! Ce que vient de dire Laura, à propos de sa sœur… je dois démêler ça ! Lancez le champ et ouvrez la porte ! »
*
**
« Laura, pourquoi n'essayez-vous pas de pardonner ?
- C'est trop dur !
- Pourquoi ? Racontez-moi la scène !
- Non !
- Moi je vais vous la raconter ! Je suis rentrée, et Maman avait encore trop bu. Laura était en train de la ramasser. Maman a regardé Laura, et lui a dit « je t'aime, ma petite fille… » ensuite, elle lui a chanté la chanson de l'araignée. Moi, je ne supportais plus la chanson de l'araignée. Laura est la surdouée, Laura est celle qu'on aime le plus, mais lorsque Laura parle de moi, on se moque de Laura et on lui dit qu'elle est un génie qui délire un peu… Alors Laura fait semblant que je n'existe pas.
- Tais-toi, Anna! Ou je te jure que je te...
- Alors j'ai voulu tuer maman. Mais Laura ne m'a pas laissé faire…
- Arrête, ne lui raconte pas, ne raconte pas ça ! C'est pas ses affaires!
- Pleure, pleure donc, tu ne sais faire que ça ! Vous voyez, j'ai gagné ce soir-là, j'ai battu Laura, à plate couture, j'ai tué notre mère, j'ai vaincu ma sœur et je me suis faite respecter. Elle n'a plus jamais essayé de me chasser de son esprit. Elle n'a plus jamais dit que je n'existais pas, elle n'a plus jamais cherché à se séparer de moi !
- Laura, vous entendez votre sœur ? Elle fait partie de vous !
- Non, non, non ! Elle, c'est elle, moi, c'est moi… Je suis une petite araignée, j'ai bien envie de te piquer, je monte sur ta jambe, je vais jusqu'au genou, je glisse sur ta cuisse, mais elle ne me plaît pas, je ne vais pas te piquer là…
- Salope! Je vais te défoncer la tête…
- Anna, ça suffit! Vous ne pouvez pas bouger, je vous le rappelle. Alors calmez-vous !
- Docteur... vous pleurez ?
- Elle pleure à cause de toi !
- A cause de nous deux...
- Je pleure à cause de ce que vous m'apprenez sur votre vie. Je pleure parce que j'ai mal pour vous, mais je vais pouvoir vous aider. Maintenant que je connais votre histoire, je peux vous expliquer clairement ce qui ne va pas. Laura, vous êtes Schyzophrène. Ce qui vous arrive n'est pas votre faute. Ce qu'on vous a fait non plus. Je vais vous aider, mais sans médicaments, sans chocs psychologiques, les tortures que vous subissiez depuis l'âge de 12 ans, j'y mettrai fin, il y a de nouvelles techniques, et ce n'est basé que sur la parole, la discussion. Vous acceptez mon aide ?
- Je suis une petite araignée, j'ai bien envie de te piquer, je monte sur ta jambe, je vais jusqu'au genou, je glisse sur ta cuisse, mais elle ne me plaît pas, je ne vais pas te piquer là…
- LAURA, écoutez-moi ! Vous allez vous accepter entièrement, et vous choisir un prénom à vous. Vous deviendrez une autre femme ! Je ferai de vous une autre femme ! Je vais vous laisser y penser, mais le champ magnétique restera actif quelques heures. Ne vous battez plus avec Anna, je ne le permettrai pas ! Vous êtes une seule et même personne, vous m'avez bien entendue ?
- sur ta cuisse, mais elle ne me plaît pas, je ne… »
*
**
« Dis-moi, Annabel, pourquoi j'ai tué Maman ?
- Elle me frappait quand elle avait bu. Elle me touchait aussi. Toi, tu partais loin, au fond de notre tête, et moi je restais, pour toi. Je restais pour que tu ne souffres pas, mais un jour je n'ai plus supporté. Un jour, j'ai été jalouse de toi, jalouse que tu t'en sortes toujours, et que tu aimes toujours Maman, alors que moi je la détestais. Jalouse que tu dises à tout le monde que je n'existais pas, alors que tu me parlais quand nous étions seules…
- Je suis désolée Annabel, désolée de ce que je t'ai fait. Tu existes, tu es avec moi, tu es en moi. Je ne te rejetterai plus. On va se choisir un prénom, ensemble, et on ne sera plus qu'une, tu veux ? Je t'aime, Annabel… Ma petite soeur.
- Laurena …ça te plaît ?
- Laure… Annabel… Laurena… Ça me plaît ! Ce docteur est un ange descendu du ciel ! »
*
**
« Sergent … Sergent répondez !!
- Dila ? Pourquoi tu m'appelles en pleine nuit ? Que se passe-t-il ?
- C'est ma patiente... elle s'est sauvée…
- Quoi? Et comment elle a fait ?
- Tu ne me croiras jamais... »
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