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Plume Rouge N°3


 


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La Reine et les nains
Ephylie



Au nom du Peuple de la Douce Guimauve
Et des Dieux Barbus et Chauves,

La Haute Cour, Tournelle Criminelle, en son audience publique tenue à la Salle des Petits Pas Perdus, a rendu l’arrêt suivant :

Attendu que les faits dont Blanche-Neige a été victime sont constitutifs d’une tentative d’empoisonnement ;
Attendu que les charges qui pèsent à l’encontre de Vanessa-Chantal, anciennement Reine du Pays de la Douce Guimauve, sont étayées par moult preuves et indices qu’il n’est guère utile d’énoncer ici ;
Attendu qu’en cet état, il y a eu violation de l’article 14 du Code des Peines et des Délits ;

Vanessa-Chantal est condamnée à chausser des escarpins de fer rougis au feu
Et, jusqu’à ce que mort s’en suive, à danser le Menuet des Gueux.

***

Devant quelques badauds, le bourreau décrocha le tableau exposé depuis dix jours en place publique. Puis, tout en grommelant dans sa barbe, il descendit les barreaux de l’échelle adossée à la potence. Visiblement, il était frustré. Faute d’avoir pu contraindre la condamnée à chausser des escarpins rougis au feu jusqu’à ce que mort s’en suive, les juges avaient dû se contenter d’une exécution en effigie. La pratique était courante dans la Confédération de la Rime Jolie où il était aussi facile à un accusé d’échapper à la maréchaussée qu’à un écureuil de passer un coup de balai dans une chaumière poussiéreuse.
Vanessa-Chantal n’avait pas fait exception et avait donc été condamnée par contumace. Le peintre diligenté par la Haute Cour avait représenté la reine vêtue d’une simple robe noire, portant aux pieds des escarpins flamboyants.
Prof se tourna vers Simplet.
« Il y a quelque chose qui cloche dans toute cette histoire…
─ En effet, la reine est bien plus jeune en vrai que sur cet affreux pochoir !"
─ Parfois, Simplet, je me demande si tu fais semblant ou si tu es réellement niais…"
─ Je voulais dire que la reine n’a rien à envier
"A celle qu’on a voulu assassiner.
"Sa voix est mélodieuse comme celle du rossignol du Bois Sacré,
"Sa mélopée est aussi douce que la brise soufflant dans les roseaux de la Rive Dorée,
"Son timbre est celui de l’ange aux jolies plumes rouges du Paradis,
"Son chant réjouit le cœur du vétéran le plus aguerri,
"Sa…"
─ Oui, oui, c’est cela.
"Bref, personne n’avait de raison de vouloir la mort de notre princesse,
"Pas même notre ex-altesse !
"Il est de notoriété publique
"Qu’elle se moque bien de son physique. »
Attablés à la gargote de la Jolie Plume Rouge des Anges du Paradis, les deux amis passèrent plusieurs heures à examiner toutes les facettes de l’affaire. Les pièces du puzzle ne s’imbriquaient qu’imparfaitement. La beauté – certes exceptionnelle – de Blanche-Neige ne justifiait pas qu’on s’en prenne à sa vie.
Par ailleurs, la princesse fréquentait depuis des mois un étranger. Or un tel mariage signifiait qu’elle ne succèderait jamais à son père, car « En Terre estrangère, l’alliance de la Quenouille vaut refus de la Citrouille ». La « quenouille » désignait bien sûr la princesse, le filage étant l’activité féminine par excellence – c’est du moins ce que s’imaginaient les légistes qui avaient inventé l’adage (aucun n’avait de fille) ; ceux-ci avaient en revanche hésité à user du mot « Citrouille » pour désigner la Couronne, mais leur goût de la rime l’avait emporté.
Or donc, si la jeune femme ne représentait un obstacle pour personne, qui pouvait avoir intérêt à la supprimer ? 
Pourtant, il y avait bel et bien eu tentative d’homicide. Et le cachet qui avait scellé le message accompagnant la pomme d’amour empoisonnée désignait clairement la reine.
Trop clairement, c’est évident, se dit Prof.

***

« Ne vous inquiétez pas, Majesté,
"Nous irons en cassation
"Et, cette fois, nous gagnerons."
─ Bouse de basoche boursouflée,
"Fichez le camp de là !
"A-t-on idée d’être avocat
"Quand on a le nez qui s’allonge
"Dès le premier mensonge ?"
─ Vous m’en voyez fort marri,
"Et tout déconcerté…
"Je crains qu’un trop long séjour outre-mer
"Ne m’ait fourré dans cette galère.
"Pourtant, croyez-le, rien n’est perdu !"
─ Que vous dites ! Espèce de faux…"
─ Majesté, la cour n’a pas respecté
"L’article 114 bis alinéa premier
"Du Code Additionnel
"D’instruction Criminelle.
"Ce sera dès lors un jeu d’enfant
"Que d’obtenir l’annulation !"
─ Suis-je pour vous une exception ?
"Ou faites-vous de même avec tous vos clients ?"
─ Mais… que voulez-vous dire ?"
─ Vous faites traîner les procédures
"Dans le seul but de vous enrichir !"
─ L’argent ne m’intéresse pas, je vous assure !"
─ Voyez, votre nez est en train de s’allonger…"
─ Euh… hum… je renoncerais à mes honoraires si vous acceptiez…"
─ De vous donner mon miroir, je présume ?"
─ Eh bien… de fait, c’est une assez jolie pièce."
"Les clercs de la basoche ont coutume
"De renoncer au paiement en espèces
"Contre un bijou ou… un miroir."
─ Me prendriez-vous pour une poire ?
"Estimez-vous déjà heureux,
"Bougre d’avocat véreux,
"Que je ne vous fasse couper un bras
"Sous la lame aiguisée de la mannaja !
"Et, pour l’amour du ciel, cessez donc de bailler,
"Ou je vais finir par croire que vous êtes éveillé ! »

Avec force courbettes, Maître Dormeur prit congé de la reine. Il ne s’attendait pas vraiment à ce que sa cliente accepte sa proposition. Mais il avait vaguement espéré qu’elle se lasserait du miroir de sa trisaïeule. D’autant que cette antiquité avait le chic de lui répéter à longueur de journée que sa belle-fille était la plus belle.
Manifestement, la reine ne s’en offusquait pas plus que cela.
En quittant le salon du château des Quatre-Couleurs, escorté par un valet en tenue d’apparat, l’avocat ne put s’empêcher de lorgner du côté du miroir qui trônait au-dessus de l’une des cheminées. C’était la première fois qu’il le voyait d’aussi près. Trois courtes phrases étaient gravées sur le cadre en métal.

Je te montrerai la plus belle !
Je te donnerai rêve et évasion !
Je te désignerai la voix d’ange !

« Belle », « évasion », « ange » ? Quelle horreur ! Qui, au sein de la Confédération, avait pu écrire un poème aussi nul ?
Dire que j’ai pensé renoncer à mes honoraires en échange de ce miroir… qui pourrait le croire ?
Il était plus que temps de quitter cette fichue contrée pour rentrer, enfin, au royaume de la Douce Guimauve… Là au moins, on savait manier la rime !

***

                                                                                              
Simplet avait pris sa décision. Il retournerait auprès de sa reine, au pays des Quatre-Couleurs. De toute façon, il ne s’était jamais vraiment senti chez lui au royaume de la Douce Guimauve. Les maisons étaient pour la plupart de simples cavernes creusées dans le flanc de la montagne, comme si le moindre rayon de soleil était une catastrophe.
Et puis les coutumes locales n’étaient pas aussi raffinées qu’on le prétendait. Condamner une femme à chausser des escarpins de fer rougis au feu… était-ce des manières de gens civilisés ? C’était bien d’un peuple de nains, toujours prêts à dégainer leurs marteaux et leurs enclumes pour porter à feu vif ce qui leur tombait sous la main !
Oh, bien sûr, ça ne le dérangeait pas outre mesure d’être deux fois plus grand que les habitants de la Douce Guimauve. D’autant que ceux-ci l’avaient accepté comme l’un des leurs – à part, peut-être, Grincheux (qui ne cessait jamais de ronchonner de toute façon). Ils lui avaient même donné un nom de nain, « Simplet ». Un sobriquet affectueux qui n’avait rien de péjoratif dans leur esprit, bien qu’il signifiât « balourd » ou « gobe-mouche » dans le dialecte local.
Enfin… il y avait eu de bons moments, de merveilleux moments. Les promenades dans les allées du Bois Sacré, par exemple, où il aimait à récolter les cèpes et chasser les papillons. Mais aussi les soirées passées à la gargote de la Jolie Plume Rouge des Anges du Paradis. Car depuis qu’elle avait perdu son mari, la reine se déguisait parfois en vieille femme, puis quittait le château en toute discrétion afin de rejoindre son troubadour dans la petite auberge. Là, incognito, elle pouvait interpréter un répertoire un peu moins pédant que celui qui était en vogue à la cour. Simplet l’accompagnait alors à la mandoline ou à la cithare.
Il avait hâte de partager avec la reine de nouveaux moments de complicité.

Mais d’abord, il devait faire ses valises. Il n’avait pas grand-chose à emporter en dehors de sa précieuse collection. Il observa les murs de sa chambre. Ils étaient couverts de portraits de marins à l’air féroce qui brandissaient leur sabre d’abordage avec l’envie palpable d’en découdre. De Posidonius le Terrible jusqu’au Prince Christophe, le descendant d’une longue lignée de flibustiers qui se faisaient appeler « les amis des Pauvres et des Belles Esseulées », il ne manquait pas un seul pirate un tant soit peu célèbre.
Toutefois, la plus belle pièce de sa collection était un autographe.
C’était en réalité bien plus qu’une simple signature, c’était une pièce exceptionnelle pour un admirateur aussi passionné que le jeune troubadour. C’était la preuve, s’il en fallait une, que le Prince Christophe était non seulement un grand aventurier – mais qu’il était aussi un cœur pur, romantique et généreux.
Simplet glissa le précieux document dans le double fond de sa malle – où il fourra ensuite ses chères gravures, quelques vêtements, un pistolet, une pique et une cuillère à pot. Compte tenu de la façon dont il s’était procuré l’autographe, il valait mieux que personne ne le trouve en sa possession.
A chaque fois que le jeune homme contemplait les portraits de pirates, il se prenait à rêver. S’il n’avait pas eu un don certain pour le chant et la musique, qui sait ? Peut-être aurait-il, lui aussi, tenté l’aventure en mer – pourquoi pas aux côtés de celui qu’il admirait tant ?
Bah… rien ne l’empêchait de s’entraîner au maniement des armes. Et s’il ne devenait jamais pirate, il pouvait du moins rêver de cette existence en chantant des chansons de marins…

***

« Un jouuuur, mon Priiiiince viendra,
Un jouuuur, on s'aiiiiimera,
Dans son château, heureux, s'en allant
Goûter le bonheur qui nous attend ! »

Blanche-Neige était radieuse. Son prince était venu – et c’était l’homme le plus grand, le plus beau et le plus séduisant du monde.
A présent, elle vivait chez lui. Elle se mit sur la pointe des pieds pour voir la mer au-delà du muret crénelé du chemin de ronde. Puis, s’adressant aux vagues comme à autant de spectateurs, elle entonna l’un des chants que le prince avait composés pour elle.

« Quelle chaaaaaance,
Tout le monde s'aiiiiime !
Tout sourire,
Tout le monde daaaaanse… »

Pas mal du tout. Elle était encore loin d’égaler la reine sur le plan vocal, mais elle avait beaucoup progressé ces dernières années.
La reine. Blanche-Neige frissonna en songeant à elle. Elle était parvenue à surmonter ses réticences face au remariage de son père avec une femme deux fois plus jeune que lui – et deux fois plus grande. La princesse avait même fini par lui accorder sa confiance pleine et entière.
La trahison était d’autant plus cruelle. Rien que le choix d’une pomme d’amour comme réceptacle du poison en disait long sur la perversité de l’odieuse créature !
Blanche-Neige avait trouvé le fruit mortel, accompagné d’une invitation de la reine, près de l’unique fontaine du royaume. Heureusement, Timide était arrivé au moment où elle commençait à suffoquer et, grâce à la manœuvre dite d’Atchoum, lui avait permis de recracher le bout de pomme empoisonné qui obstruait son larynx. Elle avait eu la peur de sa vie.

Elle se remémora sa toute première rencontre avec sa belle-mère. Celle-ci était accompagnée d’une vingtaine de laquais ployant sous les valises et les malles-cabines en cuir de griffon. A la surprise générale, il s’était avéré que les bagages ne contenaient pas une collection de robes sophistiquées mais, pour l’essentiel, des instruments de musique et des partitions. Simplet, son fidèle troubadour, accompagnait le cortège.
La princesse leur devait à tous deux de ne plus faire autant de fausses notes qu’avant, même si Grincheux n’avait jamais semblé convaincu du résultat. « Grotesque ! » lançait-il en levant les yeux au ciel à chaque fois qu’il était à portée d’ouïe. Son métier lui laissant pas mal de loisirs, il était devenu le compositeur officiel du pays. Sans doute concevait-il quelque jalousie pour avoir été relégué au second plan.

Blanche-Neige reprit sa promenade sur le chemin de ronde. Dans quelques heures, il ferait nuit mais, en attendant, le soleil dardait ses rayons brûlants sur les murailles de pierre dorée. Voilà qui la changeait singulièrement de sa vie au château troglodyte de son pays. A ce rythme, elle ne conserverait pas longtemps la pâleur qui avait fait sa réputation ! Mais heureusement, les figuiers de Barbarie proliféraient sur la forteresse de son prince – et apportaient une ombre et une fraîcheur bienfaisantes.
Si Blanche-Neige prenait plaisir à déambuler en ces lieux, des pièces d’artillerie ne lui permettaient pas d’oublier la fonction première de la citadelle bâtie stratégiquement au bout d’un cap : la défense. Disposés au sommet de chaque tour, traversant les merlons, d’énormes canons de bronze se tenaient prêts à accueillir les pirates…
A condition que des pirates osent s’approcher.

« Et on danse, et on daaaaanse
Et on danse toujouuuurs
Avec un peu de chance
Ce soir, on va trouver l'amouuuur… »

Le prince avait composé pour elle d’innombrables ballades, odes, poèmes épiques et même une symphonie. Il lui avait aussi offert une quantité invraisemblable de joyaux. Compte tenu de l’excellente réputation des orfèvres de la Douce Guimauve, il devait craindre de ne pas être à la hauteur ! Diadèmes, boucles d’oreilles et colliers pleuvaient depuis des mois comme si les nuages avaient si longtemps contenu leurs gouttes de diamants qu’ils en étaient devenus intarissables.
Mais, bizarrement, toujours pas de demande en mariage… Qu’attendait-il donc ? Hésitait-il à s’engager éternellement auprès d’une seule ? Il avait certes la réputation d’enflammer tous les cœurs, mais il semblait s’être assagi depuis qu’il était aux commandes de la principauté.

« Mais si je chante bieeen
C'est que j'ai l'amouuur
De ces temps ancieeens
Qui reviennent toujouuurs… »

Dans le ciel, des mouettes se mirent à pousser des cris rauques et sonores, comme si elles se gaussaient des trémolos de la princesse.
« Veuillez me laisser seule !
Et profitez-en pour fermez vos… »

***

« Dehors les étoiles brillent dans le cieeeeel
Je lui dis : tu es si beeeeelle
Et nos baisers sont éterneeeeels… »

Sous les applaudissements enthousiastes, Christophe signa quelques autographes avant de monter sur son blanc destrier. Il se sentait toujours un peu ridicule sur cet animal, mais en tant que prince, il se devait de respecter le protocole. Il était tellement plus à l’aise au gouvernail d’un navire ! Même les vagues les plus hautes lui paraissaient préférables au roulis de pacotille qu’offrait le dos d’un cheval…
Il avait bien fallu changer quelques habitudes depuis qu’il avait succédé à son père à la tête du petit archipel. Les tournois avaient succédé aux combats navals, la poudre parfumée avait remplacé la poudre à canon, et les blessures viriles se cachaient désormais sous la dentelle et les brocards.
De sa vie de pirate, ne restaient que les souvenirs et sa réputation.
« Christoooooophe ! »
Les jeunes villageoises se pâmaient toujours à son passage – sa romance avec Blanche-Neige n’y avait rien changé. Difficile de savoir ce qui, de son passé de guerrier des mers, de ses talents de chanteur ou de son statut de prince, charmait le plus les demoiselles. Les jeunes hommes, quant à eux, rêvaient assurément de la vie d’aventures qu’il avait menée – et c’était d’ailleurs sur des gravures de chebeks qu’ils lui faisaient signer des autographes.

Le prince franchit l’immense porte de la citadelle, descendit de sa monture qu’un valet alla conduire aux écuries toutes proches. Il pénétra ensuite dans une petite cour ombragée où l’eau d’une fontaine composait un chant mélodieux. Comme il s’y attendait, Blanche-Neige était assise sur le rebord de la vasque, aspergeant son beau visage d’eau cristalline.
Ebloui par cette vision enchanteresse, il remarqua à peine l’air renfrogné de sa princesse et les plumes de mouettes qui ornaient sa chevelure emmêlée.
Il se mit à chanter.

« Dans cette pénombre, ne plus rien diiiire
Puis goûter aux rayons de la luuuune
Qui rebondissent sur les plumes endormiiiiies
Le chant de la fontaine escorté par les anges
Rythme la nuiiiit, goutte opaline… »

Christophe sourit en songeant qu’il avait été à deux doigts de convoquer toutes les jeunes filles de la Confédération pour leur faire essayer la pantoufle de vair de sa grand-mère – ou la bague de sa mère. Ces coutumes étaient si follement romantiques…
Mais la fourrure de la première était un peu mitée. Quant à la bague, bien qu’elle fût minuscule au point que sa mère la portait à l’auriculaire, on lui avait assuré qu’elle irait à la moitié au moins des prétendantes.
Il avait donc eu de la chance de rencontrer Blanche-Neige juste avant de lancer le branle-bas de combat !
Il posa un genou à terre auprès de sa belle et prit tendrement sa main, sa toute petite main si pâle, entre les siennes. Tandis qu’il y déposait un délicat baiser, il remarqua qu’elle ne portait toujours pas la bague de fiançailles qu’il lui avait offerte – de magnifiques diamants mauves montés sur un anneau d’or. Il repoussait sans cesse le moment où il faudrait lui en demander la raison. Il craignait trop d’apprendre qu’elle ne se sentait pas prête à vivre éternellement auprès de lui…

***

« Au nom du Peuple de la Douce Guimauve et de tous nos Dieux,
Je vous nomme Chevalier de l’ordre du Canard Boiteux ».

Timide rougit et balbutia quelques remerciements confus sous les applaudissements polis des nobles de la cour. Il ne comprenait pas ce qui lui valait d’obtenir une décoration aussi prestigieuse. En sauvant Blanche-Neige, il n’avait fait qu’accomplir son devoir. Ce jour-là, il était passé voir son ami Atchoum – le plus grand médecin hygiéniste de l’histoire de la Confédération (le seul, en fait). Mais celui-ci était parti en voyage. Et la seule personne que Timide avait vue, c’était la princesse en train d’agoniser dans le jardin du praticien, près de la fontaine, au milieu des jeunes pousses de laitue.
Celui qui méritait la reconnaissance de tous, c’était plutôt Atchoum. S’il n’avait pas, jadis, enseigné à Timide comment expulser le poison d’un organisme, Blanche-Neige ne serait plus de ce monde à présent.
Depuis maintenant plusieurs mois, le jeune nain enchaînait les remises de médailles. Il attendait que la tempête s’apaise enfin pour retourner à sa discrète existence d’antan. Il avait hâte de retrouver sa forge, l’odeur du métal chaud, le son familier et réconfortant du marteau sur l’enclume.
D’autant qu’il avait entrepris la réalisation du projet le plus excitant de sa vie, autrement plus passionnant que la fabrication en série de joyaux. Les artisans des Quatre-Couleurs avaient beau être plus réputés que les nains de la Douce Guimauve pour la fabrication de miroirs, Timide avait bon espoir de faire mieux qu’eux.
Pourvu qu’Atchoum revienne vite de sa tournée de conférences et lui donne un coup de main…
Mais d’abord, il fallait que ces dignitaires à la noix le laissent retourner à son établi.
Manifestement, tout le monde ne l’entendait pas ainsi. Chicaneur, le président de la Haute Cour, s’approcha de Timide.
« Une fois Blanche-Neige mariée, le pays aura besoin d’un nouveau roi.
"Mais pour monter sur le pavois,
"Il nous faut un dirigeant dévoué au Commun Profit
"Qui redonnera sa place à notre patrie !
"Timide, vous devriez vous présenter aux prochaines élections,
"C’est vous qui êtes le nain de la situation ! »
Ce n’était pas la première fois qu’on lui faisait une telle suggestion. Ambitieux, Prétentieux et Carriériste lui en avaient déjà touché un mot. Pourquoi ne s’adressaient-ils pas à quelqu’un de plus charismatique que lui qui n’était qu’un simple artisan ? Pourquoi ne venaient-ils pas plutôt trouver Moi-Je, la régente qui gouvernait le pays depuis la fuite de Vanessa-Chantal ? Elle serait certainement ravie de troquer son titre provisoire contre celui, plus durable, de reine.
Le plus étrange, c’est que ceux qui le poussaient ainsi à monter sur le pavois royal n’étaient pas particulièrement réputés pour la modestie de leurs ambitions… Pourquoi ces flatteurs ne se présenteraient-ils donc pas eux-mêmes aux élections ?

***

Moi-Je ne décolérait pas.
Cette bande de tire-au-flanc de gardes n’avait même pas été fichue de procéder à l’arrestation de Vanessa-Chantal. Et celle-ci vivait à présent en toute quiétude dans son royaume des Quatre-Couleurs.
C’était à se demander pourquoi la Douce Guimauve entretenait un bourreau et des geôliers. Pour ce à quoi ils servaient…
La régente n’avait jamais aimé la seconde épouse de feu le roi Clément. Ce peuple des Quatre-Couleurs était un ramassis de sauvages et, même si la nouvelle dynastie ne coupait plus les têtes à tort et à travers comme le faisaient les anciennes reines, on y avait conservé la redoutable mannaja. Sa lame, coulissant entre deux montants de bois, tombait sur le cou du condamné grâce à un astucieux système de poulie et de poids. Beaucoup vantaient le rendement incomparable de cet instrument de mort, mais en réalité, la machine était loin d’être infaillible – elle avait la fâcheuse manie de s’arrêter à mi-cou.

Chez les nains, au moins, on savait faire preuve d’imagination et d’à-propos. Les châtiments étaient infiniment plus raffinés et, surtout, mieux adaptés à chaque cas. Enfin… à condition qu’on parvienne à mettre la main sur un criminel. Le malheureux Grincheux, le bourreau, était au chômage technique depuis bien longtemps à présent…

Un majordome vint annoncer la venue du Dr Atchoum.
Que peut-il bien vouloir ? Tout de même pas un mouchoir ? se demanda la régente.
« Votre Seigneurie, je rentre enfin de voyage.
"Quelle joie d’être de retour chez soi !"
 Vous voulez dire chez moi !
"Alors, avez-vous été sage ?"
 Sage, mais aussi curieux et entreprenant !
"C’est fou ce que l’on apprend auprès des autres savants.
"J’ai assisté à tant de conférences
"Que j’en suis tout étourdi quand j’y pense…"
 Moi, j’aimerais bien que vous me disiez ce qui me vaut l’honneur… non, ce qui vous vaut l’honneur de me rendre visite."
 Figurez-vous qu’en arrivant chez moi, près du château troglodyte,
"Un éclat entre les salades du jardin
"Attira mon regard…"
 … Eh bien ?"
 Je vis une baaaaatchoum !"
 Une… batchoume ?"
 Non, une bague ! Je vis une bague de diamants mauves !"
 Et alors ? Les joyaux ne manquent pas au Pays de la Douce Guimauve…"
 Mais cette bague, je la connaissais bien,
"Vous la portiez quand votre portrait fut peint."
 Moi, ma bague de diamants ?
"C’est impossible, elle me fut volée il y a près de vingt ans…"
 La voici !"
 Oh ! J’en suis ébahie !
"Des pirates me l’avaient volée
"Ainsi que mes bracelets
"Avant d’exiger une rançon
"Pour ma libération. »
La régente n’en revenait pas. Tant d’années s’étaient écoulées depuis son enlèvement par les barbaresques qu’elle n’avait jamais imaginé qu’elle retrouverait un jour l’un de ses joyaux. Ces fripouilles se faisaient appeler les « amis des Pauvres et des Belles Esseulées », mais c’était surtout pour remplir leurs propres bourses qu’ils attaquaient les navires marchands ou les riches demeures côtières. Comment Blanche-Neige avait pu s’amouracher d’un de ces satanés pirates – elle, une naine issue d’une des plus grandes familles de la Confédération… c’était à n’y rien comprendre.
Enfin… pour Moi-Je, la journée s’annonçait bien ! Si de surcroît Timide acceptait de se présenter aux élections, ce serait même un jour d’exception !
« C’est un benêt que vous mènerez par le bout du nez », avait dit à son sujet Prétentieux, le secrétaire d’Etat aux Mines et Cavernes.
La régente glissa la bague à son doigt et fit jouer la lumière d’un chandelier sur les diamants mauves de la bague. Quelque chose qui ressemblait à une saleté était accroché à la monture ; elle l’envoya rouler à terre d’une chiquenaude. Une souris qui passait par là se prépara à un festin, mais déchanta très vite.
« Pouah, ce n’est pas très frais !
Les pommes ne sont plus ce qu’elles étaient… »

***

 « Vous êtes rentré ! » s’écria la reine des Quatre-Couleurs.
Simplet ne s’attendait pas à une telle démonstration de joie de la part de sa maîtresse.
« Puis-je continuer à vous appeler Simplet ?
"Ou préférez-vous que je vous nomme Jean,
"Le prénom que vous aviez avant ?"
 Faites comme vous le désirez,
"Pourvu que vous ne cessiez de m’aimer !
"Euh… je veux dire… de m’appeler » ajouta Simplet en rougissant.
Vanessa-Chantal le prit par les mains et se mit à valser avec lui tout en chantonnant.
« Je vous fais chevalier de l’ordre du Lapinou d’Amour !
"C’est ma trisaïeule qui le créa
"En souvenir du lapin blanc qu’elle rencontra
"En arrivant dans notre pays, le premier jour."
 Eh bien, j’en suis flatté…
"J’ai toujours aimé le civet ! »

La reine, sans lâcher la main de Simplet, l’entraîna vers son miroir.
« Venez, je vais vous dévoiler un secret…
"Vous serez étonné, je parie !
"Mon miroir ne se contente pas de me montrer la plus jolie,
"Il m’indique aussi qui a le timbre parfait !
"Et devinez qui c’est…"
 Je crois avoir ma petite idée ! »
Simplet avait toujours adoré la voix de Vanessa-Chantal. Celle-ci montra à son troubadour la manette qui était fixée au cadre du miroir, juste à côté de l’inscription :

Je te montrerai la plus belle !
Je te donnerai rêve et évasion !
Je te désignerai la voix d’ange !

« Un tour complet, la plus belle il montrera,
"Un quart de tour… la voix d’ange il désignera !"
 Permettez-moi, ma reine, de vous révéler d’abord mon secret…
"Je suis fan du Prince Christophe, vous le savez,
"Eh bien, j’ai dans ma collection
"Un document d’exception ! »
Le troubadour sortit de sa besace l’enveloppe qui renfermait le précieux autographe et le remit à la jeune femme. C’était un parchemin en forme de cœur. La reine parcourut du regard le texte qui précédait l’élégante signature cruciforme du prince.
Le visage soudain blême, elle leva les yeux vers Simplet qui attendait, surexcité, de la voir partager son enthousiasme.
« Je crains que vous n’ayez provoqué une catastrophe…
C’est une demande en mariage du Prince Christophe
"Adressée à Blanche-Neige !"
D’où tenez-vous ce parchemin grège ? »
Confus (et vaguement choqué d’entendre Christophe rimer avec catastrophe), Simplet expliqua qu’il s’était rendu quelque temps plus tôt chez le Dr Atchoum pour lui remettre une invitation de la reine au Bal des Sept Petits Lits Blancs. Il n’avait pas trouvé le médecin mais avait vu le prince déposer sa missive dans le potager du praticien. C’était là que se trouvait l’unique fontaine du royaume – et la princesse y passait souvent pour laver son beau visage. Christophe devait savoir qu’elle y viendrait.
Simplet s’était emparé de la lettre après le départ de son idole et avait laissé à la place l’invitation de la reine pour le Dr Atchoum.
Tremblante, Vanessa-Chantal demanda si un cadeau accompagnait le message du prince – mais elle connaissait déjà la réponse.
Le poème était on ne peut plus clair…

« I wanna kiss the bride
I wanna find me a girl
Veux-tu devenir ma Princess Bride ?
Blanche-Neige, veux-tu être ma « pomme pomme » girl ?
Qu’en croquant ce fruit d’amour
Qui abrite en son cœur mon gage d’amour
Tu sois mienne pour toujours.
Dis-moi : Chiche !
Ich liebe dich. »

Simplet devait bien admettre que les rimes étaient un peu faciles, mais il n’y avait pas de quoi y voir une catastrophe. Car non seulement cette demande en mariage était le signe d’un cœur noble et généreux, mais elle prouvait aussi une bonne maîtrise de la langue des Trolls et de celle des Farfadets. C’est que le prince avait pas mal voyagé…

Pour Vanessa-Chantal, les événements apparaissaient désormais sous un jour nouveau. D’autant que son avocat n’avait pas voulu lui transmettre les pièces du dossier sous prétexte que leur contenu allait la chagriner. Elle n’avait donc jamais eu connaissance des preuves qui l’accablaient…

Quel était ce « gage d’amour » que Christophe avait introduit dans la pomme ? Forcément une bague, dans son esprit – mais plutôt de sérieux pépins pour Blanche -Neige et, par contrecoup, pour la reine !
La princesse avait dû manger le fruit sans se douter de ce qu’il contenait, et avait bien failli s’étouffer. Timide, arrivant sur les lieux, avait réussi à déloger la bague coincée dans sa gorge.
Lors de l’enquête, l’invitation que l’on avait trouvée auprès de la pomme d’amour avait conduit la maréchaussée à soupçonner la reine.
Si seulement le prince avait été alors interrogé – ou le jardin fouillé… Puisque la justice avait conclu à un empoisonnement, c’est que la bague n’avait pas été retrouvée. Elle avait dû se perdre dans le potager d’Atchoum et, très probablement, s’y trouvait encore.
C’était à se demander si Vénal, le juge d’instruction, n’avait pas volontairement bâclé l’enquête !

A présent, Vanessa-Chantal se sentait tiraillée entre son désir de révéler toute la vérité sur cette affaire et sa crainte de blesser Simplet en dénonçant son indélicatesse. Si celui-ci n’avait pas échangé la lettre du prince contre l’invitation de la reine, elle n’aurait pas été accusée de meurtre.

Bah… rien ne pressait. Elle n’avait pas l’intention de toute façon de retourner au royaume de la Douce Guimauve où le plus petit rayon de soleil était perçu comme une offense personnelle. Il devait bien y avoir un moyen d’obtenir justice sans compromettre son troubadour… son ami. Il était parfois si naïf…

C’était maintenant à elle de lui faire une surprise.
Elle lui avait montré comment procéder. Elle l’invita à tourner lui-même la manette du miroir. Ce qu’il allait entendre ne pourrait que lui faire plaisir !

Quand elle se sentit aspirée par un appel d’air d’une force irrésistible, la reine cria : « D’un quart de tour ! Pas d’undemi-tour ! Mais quel idiot… »
Pourquoi ne l’avait-elle pas traité de « sourd » ou de « balourd » ? Il faut croire que le choc avait été violent…

***

Quelques années plus tard, elle avait presque renoncé à retrouver son troubadour. En tournant la manette d’un demi-tour, Simplet les avait expédiés tous deux dans le monde dont était originaire Alice, la trisaïeule de la reine. Un monde de rêve et d’évasion…
Aussi, quelle idée de fabriquer un miroir multifonction !
Vanessa-Chantal avait passé beaucoup de temps à décortiquer la presse, surtout les articles consacrés aux musiciens et aux chanteurs (d’après le miroir, il avait la plus belle voix du monde) – mais aussi la chronique judiciaire et l’actualité internationale, au cas où Jean serait devenu pirate.
Mais rien.
Rien de rien.
De ce côté-ci du miroir, la jeune femme n’était plus reine. Ses talents de chanteuse lui avaient toutefois permis de mener une jolie carrière dans la chanson, et même de faire quelques modestes incursions dans le cinéma. Qui sait, peut-être irait-elle un jour tourner à Hollywood ?

Et puis un jour, une idée germa dans son esprit. Elle se précipita chez le marchand de tabac le plus proche et fit main basse sur tous les magazines de cinéma qu’elle put trouver. De Première à Positif, en passant même par Télérama, tout y passa. Simplet avait toujours aimé se promener dans le Bois Sacré du royaume de la Douce Guimauve. 
Et s’il s’était installé à Hollywood ?
Il ne fallut que peu de temps à Vanessa-Chantal pour tomber sur une interview de son ancien troubadour. Même sans la photo qui accompagnait l’article, elle l’aurait reconnu.
« Jean » était devenu « Johnny » ; rien de plus logique puisque le peuple des Etats-Unis s’exprimait dans la même langue que celle des Trolls. Simplet avait accolé à son prénom celui de son idole, Christophe (devenu au passage Christopher). Quant à son nom de nain, il l’avait conservé mais, non sans humour, l’avait traduit dans la langue des Farfadets.
Pour sa part, au moment de se choisir un patronyme, la jeune femme s’était souvenue de la petite gargote où elle avait partagé de si délicieux moments avec Simplet – et avait failli se faire appeler « Ange » ou « Plume Rouge ».
Une fois en Californie, elle trouverait bien un moyen de rejoindre son troubadour. Le seul être qui lui avait réellement manqué depuis son départ involontaire de la Confédération.

Il n’y avait pas une minute à perdre. Vanessa-Chantal se rendit en personne à l’agence de voyages la plus proche. En la voyant, une employée balbutia quelques compliments avant de lui demander un autographe.
« Oh, merci, Mademoiselle Paradis ! »
Et tandis qu’on lui réservait une place sur le premier vol en partance pour Los Angeles, l’ancienne reine formait déjà des projets en songeant à Simplet. Peut-être ne se marieraient-ils pas, mais auraient-ils beaucoup d’enfants ?
Enfin… pas trop quand même, se dit-elle en fredonnant, sur l’air d’une chanson de marins…

« Jean, mon troubadour, mon ami,
Enfin… Johnny Christopher Depp(1),
Puisque tel est ton nom aujourd’hui,
Nous cueillerons ensemble des brassées de cèpes
Dans le Bois Sacré de Californie…
Nous réaliserons nos projets les plus fous, crois-moi.
Des pirates, tu pourrais même devenir le roi ! »

***

La Confédération avait connu bien des changements depuis le départ de Vanessa-Chantal. Timide, candidat unique aux élections, avait été élu souverain de la Douce Guimauve à l’unanimité. Il avait découvert qu’il pouvait parfaitement concilier ses devoirs de monarque avec ses passe-temps favoris, que ce soit la serrurerie, l’horlogerie ou la fabrication de miroirs. La création dont il était le plus fier, le grand projet de sa vie, donnait la beauté suprême et la vie éternelle.
On le surnomma « le nouvel Arthur » puis « le nouveau Merlin » car, la plupart du temps, il restait en son palais pour travailler à ses inventions, tandis que les chevaliers de la Confédération poursuivaient seuls les quêtes qu’il leur proposait.
Prenant très à cœur son rôle de roi, Timide entreprit aussi nombre de réformes.
La toute première fut d’imposer les alexandrins, afin qu’un peu d’ordre et d’harmonie règnent enfin dans les propos de ses sujets.
Il annexa ensuite le pays des Quatre-Couleurs (à la demande de ses habitants qui se retrouvaient sans souveraine). Il poursuivait ainsi l’œuvre d’Alice qui, juste après son coup d’Etat contre la reine de cœur, avait réunifié les cantons de pique, de trèfle, de cœur et de carreau.
Enfin, le roi abolit la plupart des châtiments corporels de la législation pour n’en conserver qu’un. Désormais, tout condamné à mort aurait la tête tranchée – Atchoum avait heureusement perfectionné la mannaja que l’on appela alors l’atchoumette ou l’atchoumine.(2) Chicaneur, Vénal, Moi-Je, Ambitieux, Prétentieux et Carriériste furent les premiers à l’expérimenter pour avoir conspiré contre leur souverain.
Du coup, Grincheux prit lui aussi un nouveau nom : il se fit appeler Joyeux.



(1) Dans une interview, Johnny Depp dit qu'il ne connaît pas l'origine de son nom, mais précise qu’il signifie « idiot » en allemand. En Suisse, en Autriche et dans le sud de l’Allemagne, depp signifie effectivement idiot, balourd, benêt ou gobe-mouche.

(2) Dans le système initial, la lame de la mannaja était horizontale. Atchoum eut l’idée d’une lame trapézoïdale (on raconte que ce fut Timide lui-même qui la forgea) ; elle était surmontée d'un poids métallique que le médecin appela « mouton », en référence au mouton à laine longue qui, dit-on, décapitait les fleurs d’un seul coup de dent…





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